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Eléments de mycologie microscopique 3


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#1 jmaffert

jmaffert

    Batracien

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Posté 12 janvier 2014 - 06:25

Chapitre 3

 

Les spores

 

 

S’il n’y avait qu’une chose à regarder au microscope, ce seraient les spores.

 

Trois éléments géométriques principaux sont à observer : la forme, les ornementations et les dimensions. Plus une caractéristique chimique, l’amyloïdité.

 

  1. Prélèvement de spores

 

Le mieux est de travailler sur une sporée, c’est dire un dépôt en masse de spores. Pour obtenir ce dépôt, on pose le champignon sur une feuille de papier ou directement sur une lame (petites espèces) et on attend 12 à 24 heures. Une difficulté consiste à maintenir une humidité suffisante, mais sans plus, pendant le dépôt. De base, on pose un récipient retourné sur le champignon pour éviter trop d’évaporation et éviter les courants d’air. Les spores sont très légères et le moindre souffle les emportera ailleurs qu’à l’endroit souhaité. Il vaut mieux éviter le contact direct d’une grosse espèce avec le papier car cela l’humidifie. Si le champignon ou l’atmosphère sont plutôt secs on peut ajouter sous le récipient  une coupelle d’eau ou un morceau de mousse humide. Si l’espèce est plutôt détrempée, il vaut mieux laisser une petite aération pour éviter une prolifération de moisissures ou la putréfaction rapide du champignon. C’est affaire d’expérience. La sporée a deux grands avantages : on voit la couleur des spores en masse et on récolte des spores mûres, ce qui est important pour une mensuration précise. On prélèvera une tête d’épingle de cette sporée pour la mettre entre lame et lamelle.

 

Quand on n’a pas le courage ou la patience de faire une sporée (c’est mon cas le plus souvent…), on prélève un petit morceau d’hyménium (coupe ou morceau écrasé) et on verra des spores. Avantage, outre la rapidité, on voit les autres éléments de l’hyménium et, concernant les spores, on verra si les basides sont tétrasporiques (cas le plus courant) ou bisporiques. Inconvénient : les spores mûres sont mélangées à des spores immatures.

 

Coloration et observation : le congo (ammoniacal ou SDS) est un bon colorant d’emploi général. Si on a affaire à un lactaire ou une russule, il faut utiliser le Melzer (voir plus bas) car il colore les ornementations d’une façon très visible. Dans certains groupes où coexistent des espèces à spores amyloïdes et d’autres pas, le Melzer est aussi à utiliser pour savoir à quoi s’en tenir.

Le contraste interférentiel donne de bons résultats, sur des spores peu colorées, le contraste de phase moins à cause des franges qui gênent l’observation des détails.

 

Il y a des cas où on ne voit pas de spores : exemplaires trop jeunes, exemplaires  stériles (rares, mais ça arrive), polypores et autres champignons lignicoles en état de repos (certains polypores sont pluriannuels, mais ne font pas de spores toute l’année ; avec de l’obstination, on peut quelquefois trouver des spores au fond des tubes).

 

Attention aux contaminations : dans un panier, des spores d’un champignon tombent sur les autres et de toutes façons, des spores voyageant dans l’air se déposent partout. Si vous avez une sporée ou une préparation riche en spores, les intrus se détectent facilement. Si vous êtes dans un cas où il y a très peu de spores, attention au cas où la spore trouvée après de longues recherches vient d’une autre espèce (je parle par expérience) !

 

 

  1. Amyloïdité

 

Une caractéristique chimique intéressante est l’amyloïdité, c’est à dire la capacité à fixer l’iode, soit sur toute la spore soit sur ses ornementations. Deux objectifs : mieux voir les détails en les colorant ou savoir si la paroi de la spore fixe l’iode.

 

Le réactif utilisé préférentiellement  est le réactif de Melzer, contenant de l’iode, de l’iodure de potassium et de l’hydrate de chloral, le tout dissous dans l’eau. Il y a une petite difficulté : l’hydrate de chloral n’est pas en vente libre ; il vaut donc mieux bien connaître un pharmacien. Les solutions aqueuses d’iode sont brunes, contrairement à l’iode pur (solide bleu-noir) ou des solutions dans des solvants organiques (violettes). Quand les spores sont amyloïdes, elles fixent l’iode en prenant une coloration bleu-noir. La réaction est bien visible si on travaille macroscopiquement sur une sporée, nettement moins sous le microscope avec des spores petites ou à parois minces. Il faut que l’éclairage contienne du bleu, sinon on ne se rend pas bien compte de l’amyloïdité.

 

Spores de russule observées dans le Melzer

 

Spores russule.jpg

 

Les verrues ont bien été colorées par l’iode. On cherche à voir si les verrues sont hautes ou basses et s’il y a des lignes ou des crêtes entre les verrues. Objectif Plan apo 100x 1,32. Longueur des spores environ 8 µm.

 

  1. Couleur des spores sous le microscope

 

En général sous le microscope, les spores perdent leurs nuances de couleur. Elles apparaissent comme plus ou moins foncées. C’est un critère qui a relativement peu d’importance, sauf dans quelques cas très particuliers ou des espèces voisines, avec une sporée de couleur voisine, peuvent présenter une différence sensible de couleur sous le microscope.

 

 

  1. Forme des spores

 

Les basidiospores (spores des basidiomycètes) ont un apicule, c’est à dire une petite protubérance là où elles étaient reliées à la baside. On considère la forme des spores en faisant abstraction de l’apicule. On regarde les spores de côté, c’est à-dire avec l’apicule sur le côté. Dans de rares cas (coprins) il faut aussi les regarder de dos ou de face (apicule au milieu). Les ascospores ont en général une symétrie de révolution.

 

Spore

 

Spore.jpg

 

 

On a donné des noms aux formes des spores, résumés dans ce tableau :

 

formes 1.jpg

 

Et celui-ci :

 

formes 2.jpg

 

Ne pas croire que tout est clair. La terminologie n’est pas totalement rigide et il y a des originaux…Ces planches ne sont pas non plus exhaustives.

 

Ne pas confondre une spore elliptique (allongée, symétrique) avec une spore ovoïde, qui a un petit bout et un gros bout, comme un œuf ! ou une spore amygdaliforme (en forme d’amande) où la dissymétrie est encore accentuée.

 

Quelques exemples :

 

Spores amygdaliformes de Tubaria furfuracea

 

Tubaria_furfuracea.jpg

 

 

Spores elliptiques de Paxillus involutus

 

Paxillus_involutus.jpg

 

Spores gibbeuses d’Inocybe curvipes

 

Inocybe_curvipes.jpg

 

Spores papillées de Flammulaster carpophiloides

 

Flammulaster carpophiloides.jpg

 

Spores anguleuses d’Entoloma hebes

 

Entoloma_hebes.jpg

 

Spores allongées et segmentées au milieu de Bisporella citrina

 

Bisporella_citrina.jpg

 

Spores elliptiques et tronquées au sommet de Coprinus lagopus

 

Coprinus_lagopus.jpg

 

 

Il faut regarder beaucoup de spores et s’abstraire de l’apicule pour bien percevoir la forme.

Les objectifs couramment utilisés sont le 40x si les spores ne sont pas trop petites et l’objectif à immersion de grossissement plus élevé. Les spores ont le plus couramment une longueur entre 5 et 15 µm, mais il y en a de plus petites et de plus grosses.

 

 

  1. Ornementation des spores

 

Les spores ne sont pas forcément lisses, elles peuvent être couvertes d’aiguillons, de verrues, de crêtes, striées, etc…La planche suivante présente les principales ornementations :

ornementations.jpg

 

 

Il y a des cas où on ne sait pas très bien qualifier entre ornementation et forme.

 

Attention, en cas d’ornementation basse, il est souvent difficile de faire la différence entre une ornementation de surface et une inhomogénéité du contenu qui peut aussi donner un aspect granuleux. Passer au grossissement maximum et regarder si le contour est lisse ou non !



Quelques exemples :

 

Spores verruqueuses d’Alnicola melinoides

 

Alnicola_melinoides.jpg

 

Spores échinulées de Laccaria affinis

 

Lacccaria_affinis.jpg

 

Spores réticulées de Melastiza chateri

 

Melastiza chateri.jpg

 

Spores striées de Ramaria botrytis

 

Ramaria_botrytis.jpg

 

Spores épineuses de Scleroderma areolatum

 

Scleroderma_areolatum.jpg

 

Spores de Xylaria longipes

 

Xylaria_longipes.jpg

 

Ces dernières ne sont pas vraiment ornées, mais elles présentent une fissure hélicoïdale, caractéristique de l’espèce.

 

L’objectif à immersion est normalement de rigueur pour bien observer les ornementations sporales.

 

 

  1. Dimension des spores

 

On donne généralement la longueur (de la base au sommet) hors apicule et ornementation et la largeur (en vue normale de profil), toujours hors ornementation. La hauteur de l’ornementation (épines, crêtes,…) est indiquée en sus, si elle est mesurable.

 

Il est souhaitable de mesurer le rapport longueur/largeur d’un certain nombre de spores. Cela donne un coefficient d’allongement, noté Q, les spores étant souvent homothétiques.

 

Il y a les méthodes classiques avec micromètre oculaire à graduation ou à fil déplaçable. Bien sûr, maintenant les mesures sont faites sur l’image numérique où certains logiciels permettent de calculer facilement une moyenne et un écart type.

 

L’étalonnage de la chaîne de mesure avec un micromètre objectif est naturellement de rigueur.

 

Il subsiste une difficulté, qui est de choisir les spores que l’on mesure. Idéalement, sur des spores de sporée, il faudrait prendre 20 à 30 spores ayant la bonne orientation, sans les choisir.

 

Pour des spores observées dans un morceau d’hyménium, les choses se compliquent. Si les spores sont fortement colorées, on reconnaît les immatures à leur couleur plus claire et on les ignore. Pour des spores plus pâles, on a tendance à choisir les plus grosses car vraisemblablement les plus matures, faussant probablement ainsi la statistique de dimensions.

 

Si on ne cherche pas à décrire une nouvelle espèce où la meilleure exactitude possible est de rigueur, on se contentera de mesurer une dizaine de spores moyennes, ni dans les plus grosses, ni dans les plus petites et on aura une idée de la valeur moyenne. On note souvent les dimensions (5) 6-7,5-8,5 (10), voulant dire une valeur moyenne de 7,5 µm, avec la plus grande partie des spores de dimensions comprises entre 6 et 8,5 µm. Les dimensions maximum et minimum observées étant 10 et 5 µm (le minimum n’a de sens que si c’est une sporée).

 

Avec des mesures rapides et compte tenu de la variabilité des êtres vivants il ne faut pas espérer séparer des espèces sur la comparaison des statistiques de dimensions, mais seulement si les domaines de variabilité ne se recouvrent (presque) pas.

 

Ainsi la mesure des spores est une science aussi exacte et aussi floue que la comptabilité.

 

Bonnes observations !

 

Cette série devrait se prolonger par deux autres chapitres : les cystides et les hyphes.


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