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Photo

Chambre claire sur Axioscope .


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3 réponses à ce sujet

#1 †Claude Lejeune

†Claude Lejeune

    Procaryote

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Posté 26 mars 2005 - 04:53

Que les lumières soient (…équilibrées !)

(Oui, bravo à ceux qui suivent : j’ai inopinément remis à plus tard, ou vous en laissant le soin, la conclusion lapidaire annoncée pour un ultime mais crucial épisode. En outre, je venais de m’apercevoir qu’il manquait une photo à tout ce bazar : celle de l’attelage in situ, une fois le tube installé).

Tout va donc, dans cet « art » dont parlait Chris, et qui est beaucoup plus une technique ou mieux, un tour de mains, tout va donc être affaire de lumières.

Quand on dessine à la chambre claire, on passe son temps à jongler. Avec sa vis micrométrique d’abord car l’avantage premier du dessin sur la photo est de se jouer du handicap le plus cruel de la microscopie photonique : la profondeur de champ. Pour superposer, telles quelles le sont dans la réalité, autant de coupes optiques qu’il est nécessaire à l’intelligibilité de la représentation, on passe donc son temps à faire émerger dans le champ visuel et sur sa feuille de dessin les parties montueuses, spinuleuses ou caverneuses – et tous les arrières plans éventuels - de sa préparation. (1)
Avec l’éclairage de son microscope ensuite (ou plutôt simultanément !) et avec celui, conjoint, de son plan de travail. Le d’abord et l’ensuite de ma phrase sont ici purement rhétoriques. C’est bien dans cette simultanéité souhaitable, idéalement indispensable, que se situe le tour de main, en forme de tour de force, évoqué.

Car : trop de lumière dans le micro – c’est parfait : votre préparation est splendide et hardiment contrasté ; mais c’est nul : cette lumière écrase et fait totalement disparaître votre plan de travail et la pointe de votre crayon qu’il vous faut avoir sans cesse à l’oeil. A l’inverse : vous voyez votre crayon comme si vous y étiez. Fantastique pour dessiner des petits Mickeys ™ mais damnation : il vous a fallu pour cela éteindre ou presque votre microscope.

En sorte que, et pour parodier Jean-Pierre Léaud dans « La maman et la putain » (film culte des années 70) qui y expliquait que la gastronomie exigerait qu’on mangeât mou, tiède et sans épices (trop mâcher accapare les maxillaires, trop de chaleur brûle le palais, trop de sel tue le goût et ainsi de suite), en sorte donc que pour bien « chambre-à-dessiner », il faut quasiment un éclairage de part et d’autre pissoteux ! Je n’y peux rien, c’est ainsi. Et vous verrez que c’est tout un art (enfin, une technique) que d’y parvenir.

Pour en finir (ou presque), un conseil ardent et tout à fait sérieux à ceux qui voudraient s’y essayer. Équipez votre lampe de bureau d’un variateur. Et si vous êtes fin bricoleur (… moi non plus hélas : passé 40 balais, ça m’a fui « à la vitesse d’un grand V ») (2) , bidouillez un système dont je rêve : une pédale pour commander l’intensité de votre éclairage d’appoint. Pourvu que le système de commande au pied soit très sensible et très réactif, ce doit être un pur bonheur ! Car quiconque sait compter jusqu’à trois l’aura immanquablement relevé : une vis micrométrique, un éclairage microscopique et une lampe de bureau : Dieu dans son infinie sagesse a néanmoins failli à son œuvre et oublié au moins une main dans son Lego ™ humain. (A moins qu’il ne fût pas microscopiste ; ou (et) peu enclin à voir se développer un jour des outils qui aideraient à répandre en son peuple ce poison qu’on allait appeler plus tard la théorie de l’Évolution. Comme quoi, il eut beau faire…).
Mais je m’égare. V’la-t-y pas qu’en frayant comme ça d’un seul coup à travers champ, quittant la rectitude ce qui devait n’être qu’une aimable réponse pédagogique à une interrogation bien légitime de Christian, je m’en vais provoquer un nouveau séisme théologique, et rien de moins qu’homéopathique, sur ce forum ! Bref : oubliez ce qui précède Le concernant. Mais notez bien que pour que la lumière soit, penser avec les pieds peut ici s’avérer futé.

Autre, et ultime c’est juré, conseil (testé celui-là dans une précédente configuration de mon labo ; très efficace) : fabriquez vous un caisson lumineux encastré (3) et dessinez sur calque rétroéclairé. L’équilibrage des lumières demeure certes, mais nettement moins problématique. Et surtout : fini les ombres perturbantes, les zones inégalement éclairées, l’éclairage latéral parasite et plus ou moins aveuglant. Pour parfaire le dispositif y ajouter un cache opaque et noir, évidé en rectangle (pour y disposez son calque et éviter tout aveuglement intempstif).

Voili, voilu : c'est tout pour aujourd'hui.

Amicalement,
Claude


Micro__plan_et_double_t_te.jpg
 

 

(1) Le fait que nous soyons assez peu nombreux sur ce forum à examiner des tissus végétaux (à l’exception notoire d’Aphylla) et des sujets fixes à très fort grossissement explique sans doute que ce « besoin » de dessiner ne soit pas également partagé. Encore qu’il doive être sympa de dessiner dans ses moindres recoins une molaire de protiste.

(2) Admirable et poétique coquille (ou pataquès) trouvé un jour au hasard de la lecture d'un quotidien et au détour d'un compte rendu sportif.

(3) Lumière de type néon indispensable, sinon gare à la surchauffe ! D’où d’ailleurs mon abandon temporaire du système ; pour avoir beaucoup de lumière, il faut beaucoup de tubes de néon et pour que cette lumière soit répartie harmonieusement, il faut au caisson un volume difficilement compressible. D’où un encombrement d’autant plus rédhibitoire pour l’auteur de ces lignes qu’il ne sait travailler que jambes croisés. Nobodie’s perfect disait déjà Aristophane.

Si cette réponse qui, bien malgré moi - tragique prisonnier de mes démons - a finalement pris peu ou prou la forme et la taille d’un article, devait susciter des commentaires ou des questions, je suggère qu’ils ou elles s’expriment, pour des raisons évidentes d’encombrement, dans un sujet « joint » mais disjoint. par exemple.

Salut, bon dimanche et merci à ceux qui ont eu le patience d’arriver jusque ici !


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#2 †Claude Lejeune

†Claude Lejeune

    Procaryote

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Posté 26 mars 2005 - 04:58

Les Mystères et caetera

... Car la chambre à dessiner ne dessine pas toute seule. Et encore moins elle ne projette sur son plan de travail, un peu comme au cinéma et un peu comme il en avait rêvé naïvement, une image dont il lui aurait suffi de suivre les contours. En tout cas, pas de cette façon si miraculeuse. En un mot comme en cent, le tube n’est pas une lanterne magique.

Pourtant son principe en est presque aussi judicieux. Vous en expliquer très scientifiquement le mécanisme : ne comptez pas sur le nul en dessin doublé d’un nul en (lois de l’) optique pour le faire (décidément, le signataire de ces lignes cumule les faiblesses mais passons).
Par contre quelques images (on est là pour ça, non ?) en diront plus et je l’espère mieux que des équations savantes.

Principes élémentaires (mais probablement complexes à réaliser pour que in fine tout fonctionne au poil prêt, le plus fin fut-il) :
- l’une des extrémités du tube s’intercale entre la tourelle et le bloc oculaire ; elle est pourvue d’un habile dispositif de miroirs ;
- l’autre extrémité, pourvue d’un trou au fond duquel loge un autre miroir incliné à 45 ° vient surplomber votre plan de travail.
Le « truc » c’est que la lumière passe des deux côtés. En clair, la chambre du même nom permet de voir ET sa préparation ET son plan de travail. En l’occurrence une feuille de papier blanc (sauf si vous préférez dessiner directement sur votre table).

Le tout est affaire ensuite d’équilibrage des lumières : celle du microscope qui éclaire votre préparation et celle de la petite lampe que vous aurez disposée au dessus de votre feuille blanche.

Résumons : vous voyez à travers vos oculaires et dans un même plan (par un jeux de miroirs d'une précision diabolique) votre préparation d’une part et votre feuille de l’autre, ou mieux : la pointe de votre crayon qui court sur cette feuille. L’ « art » consiste alors à suivre avec sa pointe de graphite les contours de la préparation qu’il vous intéresse de reproduire.
Suis-je aussi clair que la chambre ? A défaut les quelques photos ci-dessous rendront tout cela cristallin.

Principes secondaires (tout aussi complexes, etc.) : le tube dispose de deux bagues coulissantes qui,
- l’une, permet de choisir quel sera le rapport d’agrandissement de son futur dessin ;
- l’autre, de régler précisément la mise au point sur le plan de travail.

L’échelle des rapports varient selon les tubes. A titre d’exemple et pour parler toujours très concrètement : celle de la chambre photographiée ex situ (destinée au Lab 16 de Zeiss, qui a un tirage de 160 mm) me permettait, avec un objectif x 100 et des oculaires x 10, de dessiner dans un rapport d’agrandissement de x 1000 jusqu’à x 1800. Celle du tube photographié in situ sur l’Axioscop à la fin de ce sujet (dispositif de mise au point à l’infini) permet, dans les mêmes conditions, de dessiner tantôt de x 400 à x 1400, tantôt de x 800 à x 2800. Ce tube est en effet équipé de deux sorties (c’est extraordinairement commode), la seconde munie d’une lentille qui a pour effet de doubler les rapports.
Au prix dans ce dernier cas d’un double « inconvénient » : une perte conséquente de lumière ; et un plan de travail qui paraît beaucoup plus petit (donc des mouvements de la main et du crayon qui paraissent plus resserrés - quand c’est exactement l’inverse qui se passent !).

Principe accessoire (ou décisif, c'est seloin l'usage qu'on en fait) : le dessin, précis au milimètre - c'est à dire au micron - permettra ultérieurement de se livrer à toutes les mesures souhaiter. Le tube à dessin fonctionne par conséquent également comme un micromètre !

A suivre (et fin) : Conclusion lapidaire (on va s’y essayer, même si cela contrefait sérieusement notre nature).

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  • Les_trois_phases.jpg

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#3 †Claude Lejeune

†Claude Lejeune

    Procaryote

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Posté 26 mars 2005 - 05:04

(Suite : pfff… c’est pas rien de construire un sujet à l’envers… !)

  (…) malheureusement je n’en connais absolument pas la pratique (juste un peu de théorie et je n’ai pas le matériel).


Matériel, théorie et pratique, donc.

En matière de dessin, il existe deux catégories de microscopistes, nettement tranchées :

- les doués ;
- les nuls.

Les premiers dessinent sans ustensile aucun, hors mis crayon, papier et gomme. Un œil dans l’oculaire, un autre sur leur feuille, ils tracent, sûrs de leurs traits et de leur sens inné des proportions. En général, ils dessinent intuitivement dans un rapport constant (x 2500 par exemple). Ils sont bénis des dieux.
Les autres (dont je suis), ne sont pas fichus de dessiner seul une ellipse qui ne soit pas cabossée de partout et se plantent hardiment dans les proportions. Longtemps, ils souffrent (en silence ou en râlant, selon leur tempérament, mais ça ne change pas grand-chose à leur affaire). Ils gomment, griffonnent, regomment, s’esclaffent parfois devant le pittoresque du résultat et recommencent jusqu’à user leur feuille de papier et leur propre patience (dont ils sont pourtant bien pourvus : la patience est la seule richesse qu’un nul puisse espérer avoir reçu en héritage).

Puis le nul découvre un outil (un bidule truffé de miroirs et qui coûte fort cher car il est fabriqué en tout petit nombre, quasiment à la commande. A croire que pour second malheur, le nul soit en outre hautement minoritaire) : il découvre Le Tube à Dessin (appelé aussi la "Chambre claire").

Allez Louïa ! dirait Béruruier : le nul soudain jubile, ruine sa famille, rêve de devenir l'auteur de ces gravures magnifiques qui ornent les plus anciens grimoires, attend six mois le tube miraculeux qui vaut à tous les siens de ne plus manger que des féculents (et qu’on peut voir ci-dessous représenté), l’installe précipitamment dès sa livraison (...sans mode d’emploi et dans un emballage minable, que c’en est une honte pour un objet de ce prix. Mais comme dirait notre Administrateur vénéré, vaut mieux ça que de voir son calibre inutilement triplé et sa masse alourdie pour simplement nous consoler de la dépense !).

Et puis le nul déchante.

A suivre : Les Mystères de la chambre claire. Enfin ! …Oui mais quand on ne sait pas faire court, autant essayer de ne pas larguer trop vite le chaland quitte à avoir recours aux pires expédients

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#4 †Claude Lejeune

†Claude Lejeune

    Procaryote

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Posté 26 mars 2005 - 05:06

Bonjour Chris, rebonjour Jean-Marc, salut à tous,

De Chris, le 25 Mar 2005, 01:47 J’admire beaucoup le dessin d’observation (très net et parlant), malheureusement je n’en connais absolument pas la pratique (juste un peu de théorie et je n’ai pas le matériel). Personne (il me semble) n’a publié de telles planches sur le forum à ce jour … c’est bien dommage ... Est-ce qu’il y a encore des amateurs de ce bel art ? Si oui, pourquoi aucun envois ?? Au plaisir de (re)découvrir d’autres formes d’observations, amitiés à tous - Christian



De Claude, le 26 Mar 2005, 08:13 (...) et mon micro est quand à lui déjà équipé d'un tube à dessiner. Comme dit : je ne saurais regarder à travers un micro sans ça. (...)


Il y a pourtant beaucoup (...hum : quantification relative, oui, en regard du nombre limité de siphonnés que nous sommes dans nos domaines respectifs de prédilection !) d’amateurs de « ce bel art » comme tu l'appelles. Même si la microphotographie tend (malheureusement, mais ce sera pour un autre débat) à le chasser.
Amateurs: le mot est particulièrement bien venu d'ailleurs. Les professionnels de leurs côtés passent tout au MEB, pulvérisent des fragments d’ADN et dessinent des clades : mais bien peu se donnent encore la peine de sacrifier au dessin naturaliste. Ils sont au demeurant de moins en moins nombreux (...s’il en reste) à connaître la réalité morphologique et écologique de ce qu’ils étudient.
Pour apprécier les talents de ce dernier carré, celui des amateurs, il te suffira de fouiner dans tel ou tel bulletin d’associations « confidentielles ». Botanistes, bryologues, mycologues, entomologistes dilettantes ont pour leur part abondamment recours au dessin car rien ne remplace sa précision descriptive, analytique et pédagogique. Ni - c’est un trait important - le plaisir qu’on peut prendre à le faire. Rien sauf la microphotographie et sa facheuse tendance paresseuse à vouloir s'y substituer. Mais, ai-je dit, c'est un autre débat et il ne met pas du tout en cause les passions qui s'expriment sur ce forum.

Pour ma part, je n’arrive pas à considérer comme complète une observation tant que je ne me suis pas astreint à lui adjoindre une fiche dessinée. C’en est même une sorte d’addiction parfois pénalisante - car dessiner est chronophage ! C'est un exercice de rigueur obligée. Une mise à l'épreuve du trait de l'intelligibilité (au moins potentielle) de ce qu'on observe.

Ci-joint à titre d'exemple, et puisque tu m’y invites indirectement, le résultat d’observations portant sur un aimable champignon : Russula laeta. (Inde nomen ajouterait un pédant - en écho ironique mais très amical au débat qui agite parfois le Forum ! « D’où (dans) son nom » si l’on préfère. Laeta signifiant « gaie » (par référence à la couleur vive, d’un rouge orangé plus ou moins panaché d’ocre, de cette jolie russule).

Y sont figurés les éléments décisifs d’une détermination dans ce genre : les spores et les éléments cuticulaires. Voir, pour ce mot et quelques détails explicatifs « Une Russule » sous "BDD : OBERVATIONS - MYCOLOGIE". Et plus précisément, iciici.

A suivre : Théorie, pratique et matériel…

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  • R._laeta_planche.jpg

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