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Une russule


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Comme ça fait un bail que je n'ai plus rien mis à l'étal, je profite de quelques photos faîtes cette nuit en étudiant une (vieille) russule un tant soi peu problématique, pour tenter de commencer à remonter mon handicap.

 

Commençons par jeter un coup d'oeil à la bête ; désolé si sa mystérieuse splendeur vous laisse de marbre : il y en aura de plus flatteuses... Il s'agissait d'un apport ayant voyagé 24 heures quand je l'ai photographié.

C'est un champignon, qui plus est une russule.

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Il ne s'agit pas là de prétendre vous initier à la détermination d'une russule (encore que ce ne soit pas nécessairement aussi compliqué qu'on le dit) mais, comme annoncé en introduction (c'est à dire tout en bas) de profiter de l'occasion pour mettre deux ou trois photos micro en lignes.

 

Outre les informations (nombreuses) qu'ils nous livrent quand on les examine sous toutes leurs coutures : macroscopiques, écologiques et organoleptiques (saveur et odeur), la vraie traque, quand on a un doute sur un champignon, commence sous le microscope.

 

Et, les spores mises à part (nous y reviendrons plus tard), les éléments les plus riches en informations pour les russules "habitent" souvent dans la cuticule (la pellicule qui recouvre leur chapeau). Sous la forme des cellules différentiées (ou non) qui les composent.

 

Ici : à gauche, deux "poils". Ce sont les éléments les plus banaux, présents dans toutes cuticules. On notera par exemple qu'ils sont, dans ce cas, dotés de terminaisons plus ou moins capités, en tout cas nettement renflées. C’est un indice.

A droite : ce que l'on appelle des "hyphes primordiales incrustées". Ce sont des articles beaucoup moins fréquents, présents chez certaines russules uniquement. C’est un indice plus fort encore.

Leur particularité : ces hyphes (hyphes = cellules) pluricloisonnées exsudent un suc incolore qui cependant fixe la Fuchsine basique et résiste ensuite temporairement (quelques minutes) à une décoloration par l'acide chlorhydrique faiblement dilué (3-4 %). On parle de décoloration différentielle.

 

En insert, l'une de ces hyphes primordiales, débarrassée de sa gangue et des ses exsudats mais laissant néanmoins apercevoir, au sein de sa cellule terminale, un amas granuleux qui peut aussi (mais ce n’est pas suffisant) signer sa vraie nature. Un résidu, en quelque sorte…

 

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Bonsoir Claude

A part la fuchsine,as tu utilisé des filtres de Rheinberg pour obtenir ces contours colorés à bon escientet particulièrement esthétiques? Ou bien est- ce dû au DIC ?

 

 

Pour avoir des (d'autres) indications, ou des réponses aux questions innombrables que tu peux te poser face à la mycologie microscopique (et à la mycologie tout court d'ailleurs) n'hésite surtout pas à poser des questions ! L'occasion fait le larron. Je parle pour moi bien sûr, trop souvent et trop longtemps silencieux sur ce forum. "Action - Réaction" comme disait l'autre : si tu demandes, je réponds !!

 

...les deux mon capitaine ! Voire les trois. Je m'explique :

Les seules photos faites en DIC, c'est :

- le "poil" supérieur gauche (*) (Fuchsine et contraste interférentiel) ;

- et l'incruste du milieu. C'est à dire l'"Hyphe primordiale" dénudée (débarassée de sa gangue) mais avec son contenu résiduel granuleux. Montage sans fuchsine mais dans du Rouge Congo amoniacal au contraire ; "au contraire" car l'amoniaque, comme tout autre alcali, a pour propriété de dissoudre l'exsudat incolore évoqué. Par contre il met bien en relief les parois. Un coup de "niveaux automatiques" plus tard sous Photoshop et on obtient par bonheur cette accentuation effectivement bienvenue quoique partiellement involontaire.

 

Pour la photo des deux HP de droite ("rouge et noire") : bain préalable de 10 minutes dans de la Fuchsine phéniquée ; rinçage d'une trentaine de secondes à l'acide chloridrique à 4-5 %, observation dans le même milieu mais à 1 % environ.

C'est précisément cette technique de coloration et elle seule (ou presque) qui permet de mettre en évidence cette gangue ruguleuse autrement invisible et qui "signe" l'Hyphe primordiale et permet donc de la diagnostiquer avec certitude.

Et c'est cette méthode que j'évoquais en parlant de "décoloration différentielle". L'HCL dissoud rapidement la coloration rouge communiquée aux divers tissus par la Fuchsine, à l'exception notoire et exclusive (ou presque : gare aux artefacts !) de la coloration pourpre vineuse prise par l'exsudat des HP qui seule y résite plus longtemps. Photo sans filtre. Accentuation des contrastes sous Photoshop.

 

J'ai bien sûr choisi une russule où je savais cette réaction flagrante, même sur exsiccatum (c'est le cas ici). Il y a malheureusement bien des cas où le résultat est d'interprétation plus délicate, même sur le frais. Et comme d'baitude : ce sont les plus nombreux !

 

Bien à vous deux,

(et aux autres !)

Claude

 

PS

Noter au passage que cette technique n'a vu le jour que vers la fin des années 20, mise au point par le premier grand russulologue "moderne" (Vaclav MELZER) à qui l'on doit aussi l'invention du réactif qui porte son nom et permet de colorer en gris-noirâtre les ornements (dits amyloïdes) des spores de russules.

Au paravant toutes les spores, évidemment hyalines (= incolores) sous le microscopes, étaient uniformément décrites comme "échinulées" point barre. Quand on sait que seul le dessin de leur ornementation permet parfois de différentier avec certitude deux russules assez proches, on imagine le souk qui règne encore dans "les noms anciens" des pères fondateurs de la mycologie. Et malgré des oeuvres titanesques plus récentes (1950 ; 1985 ; 1998 pour ne citer que quelques jalons de l'histoire de la "russulologie") et tout l'arsenal micro et macrochimique d'aujourd'hui, des interprétations polémiques sur tel ou tel taxon continuent de faire rage parmi nous ! :lol:

 

(*) Des fois, en se relisant, on se demande la tronche que ferait un quidam en lisant des morceaux de nos phrases. Ben mon Cher, ces gens-là, ils sont capables de disserter jusqu'à point d'heure sur "le poil supérieur gauche". Y a du vrai, remarquez, y a du vrai...

 

... et avec un montage photo, c'est plus digeste ?! ;)

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